Assurer des heures supplémentaires et recruter des vacataires pour sauver les formations ? (17.06.19)

Ce communiqué, signé par plusieurs de collectifs et associations de chercheur·se·s précaires, répond à certaines inquiétudes suscitées par des propositions de l’Appel solennel quant aux modes d’actions que ce dernier suggérait.

Accepter d’assurer des heures supplémentaires et de recruter des vacataires :
un moyen de sauver les formations à l’Université ?

Le 3 juin 2019, un appel des chercheuses et chercheurs précaires de l’ESR a été adressé aux fédérations et confédérations syndicales nationales afin que ces dernières organisent une mobilisation pour réagir à la situation dramatique de l’emploi dans l’ESR.

Parmi les moyens d’action suggérés dans cet appel figure notamment le refus de réaliser des heures supplémentaires et de recruter des enseignant·e·s vacataires. Comme le rappelait l’ANCMSP en février dernier « l’explosion du recours à la vacation constitue la principale contrepartie de la diminution des postes au concours », « avec les heures complémentaires des enseignant·e·s-chercheur·se·s (EC) titulaires ». Dans ce même communiqué, l’ANCMSP soulignait que « [t]outes disciplines confondues, on estime le nombre de vacataires effectuant plus de 96 heures équivalent TD (hETD) à environ 17400 […] [O]n peut dire que cela représente grand minimum 8700 postes d’EC à temps plein. Une estimation légèrement plus poussée, estimant le nombre d’heures effectuées au-delà de 96 hETD, arriverait au chiffre de 13000 postes d’EC manquants, soit 20% du nombre d’EC titulaires actuel ».

Certain·e·s enseignant·e·s-chercheur·se·s titulaires ne se sentent pas prêt·e·s à engager ces actions, au motif qu’elles et ils ne veulent pas mettre en danger leurs formations : refuser de réaliser des heures supplémentaires et refuser de recruter des vacataires, ce serait prendre le risque de provoquer la fermeture de certain·e·s formations, faute d’enseignant·e·s pour assurer les cours de ces dernières.

Néanmoins, accepter toujours plus de travail et participer à la précarisation du métier ne sauve pas les formations. Malgré tous les efforts fournis par les enseignant·e·s chercheur·se·s consciencieux·ses et soucieux·ses de préserver l’offre de formation au sein de leur université, cette offre se voit de plus en plus appauvrie et amputée, faute précisément de moyens suffisants alloués à l’ESR. Quelques exemples :

  • le CA de l’université de Bretagne occidentale vient de voter la suppression d’1/12 des heures de cours dans toutes les licences et les masters de l’UBO dès la rentrée prochaine, en supprimant purement et simplement une semaine de cours chaque semestre. Sur les trois prochaines années, la présidence souhaite supprimer au total 1/6 du volume horaire dispensé à l’UBO en fermant des options, des parcours, des formations à partir de 2020. Une pétition intitulée « Non au sabordage de l’UBO, l’Université de Bretagne Occidentale » est en ligne :
  • à la faculté des sciences de l’université de Montpellier, alors que les vacations et heures supplémentaires réalisées par les permanent·e·s ont atteint 39 000 h en 2018 pour un potentiel enseignant (la somme des services des enseignants permanents) de 97 000 h, les solutions envisagées pour parer à la situation actuelle sont de couper dans l’offre de formation, ou se résument aux injonctions suivantes : « augmentez vos ressources propres », « créez des DU », « ouvrez des filières à l’apprentissage », « c’est parfait si vous avez des partenariats avec des grosses boites », selon un communiqué publié par la section Snesup-FSU campus Triolet sur la situation financière à l’Université de Montpellier et à la Faculté des Sciences.

Par ailleurs, de nombreux cas de burn out chez les enseignant·e·s-chercheur·se·s titulaires commencent à se faire connaître : une institution doit-elle autant malmener ses fonctionnaires ? Une enquête récente montre que 70% des enseignant·e·s-chercheur·se·s interrogés par questionnaire (n=2273) déclarent travailler au moins 6 jours par semaine et 33% disent même travailler tous les jours. Seuls 10 % des enseignant·e·s-chercheur·se·s interrogés déclarent que vie professionnelle et vie privée sont clairement distinctes, tandis qu’à l’inverse, 71 % d’entre eux affirment qu’il s’agit de deux sphères fortement imbriquées. Cette enquête conclut ainsi que « non seulement les universitaires ont régulièrement le sentiment de ne pas pouvoir réaliser toutes leurs missions aussi bien qu’ils le voudraient, mais ils vivent aussi cette intrusion du travail dans le privé comme des contraintes professionnelles subies », au détriment de leur vie personnelle et familiale (https://journals.openedition.org/cres/3621). Rappelons que ces cas de souffrance au travail dans la fonction publique ne sont absolument pas pris en compte par le gouvernement actuel. Ce qu’il se passe actuellement dans le secteur de la santé, où l’on va jusqu’à réquisitionner des soignant·e·s en burn out pour assurer la continuité du service public à l’hôpital, en est un bon exemple.

En bref, il nous semble important de ne pas céder aux procédés de culpabilisation qui ne conduisent qu’à surcharger les enseignant·e·s-chercheur·se·s de travail, titulaires ou non, et à réduire à peu de choses leur capacité à se mobiliser au sein de l’ESR.

Collectifs signataires du communiqué :
– ANCMSP (Association Nationale des Candidat·e·s aux métiers de la science politique)
– Collectif DICENSUS (Défense et Information des Chercheur·es et Enseignant·es Non-Statutaires de l’Université de Strasbourg)
– Collectif Marcel Mauss (Collectif Marcel Mauss des jeunes chercheurs en sciences sociales de Bordeaux)
– Collectif vacataires Celsa Paris-Sorbonne
– Collectif des Doctorant.e.s et Non Titulaires de l’université Lyon 2
– Collectif les 68+ de Nanterre
– Association MobDoc de Paris 1 – Panthéon Sorbonne (L’Association des Doctorant·e·s Mobilisé·e·s pour l’Université)